Diamant de synthèse : la ruée vers les puces IA, et pourquoi presque personne n’y est vraiment exposé en Bourse

Un carat de diamant de synthèse se négocie aujourd’hui sous les 900 dollars en gros, environ 800 euros : le prix a chuté d’environ 90 % depuis 2018. Cette chute a poussé De Beers, le leader historique du diamant naturel, à fermer en 2025 Lightbox, sa propre marque de bijoux en diamant de laboratoire lancée en 2018 avec un prix fixe de 800 dollars le carat. Même l’acteur dominant du marché du diamant naturel a cessé de se battre sur ce terrain.

Au même moment, la même pierre entame une deuxième carrière qui n’a rien à voir avec les bagues de fiançailles. Le diamant conduit la chaleur plusieurs fois plus vite que le cuivre, une propriété qui en fait un candidat sérieux pour refroidir les puces des serveurs d’intelligence artificielle, de plus en plus denses et de plus en plus chaudes à chaque génération. Deux histoires économiques opposées, portées par la même matière.

Pour un épargnant qui se demande comment profiter de cette bascule, la bonne question n’est pas quelle entreprise citer, mais à quel étage de cette chaîne encore jeune une action existe réellement, et avec quel risque. C’est la même discipline qui vaut pour tout thème qui s’emballe en quelques mois : regarder ce qui est vérifiable avant de regarder ce qui fait rêver.

Le magazine professionnel JCK a documenté la fermeture de Lightbox comme la conséquence directe de cet effondrement des prix, porté par la production de masse chinoise et indienne : des diamants de laboratoire se vendent désormais en supermarché aux États-Unis à 200 dollars le carat.

La preuve industrielle la plus concrète : des serveurs Nvidia déjà refroidis au diamant

Le fournisseur de cloud indien NxtGen a déployé ce que la presse spécialisée présente comme les premiers serveurs au monde équipés de GPU Nvidia H200 refroidis par une couche de diamant, développée par la société Akash Systems. Cette technologie, baptisée gallium-nitrure-sur-diamant, a d’abord été conçue pour les radios des satellites avant d’être adaptée aux centres de données. Le résultat mesuré est une dissipation thermique jusqu’à cinq fois plus rapide que le cuivre, avec une hausse de performance soutenue d’environ 15 % dans un environnement chaud.

Gros plan macro d'un processeur électronique avec ses broches dorées
Le diamant vise précisément cette interface : la surface d’une puce, là où la chaleur se concentre.

NxtGen fait tourner ces serveurs en production, avec une tenue annoncée jusqu’à 50°C ambiants, contre 24 à 29°C pour les normes classiques de data center. C’est le signal le plus solide de toute cette histoire : un déploiement réel et mesuré, et non une annonce d’intention.

752 millions d’euros d’argent public, et aucune action à acheter

Le 20 mai 2026, la Sociedad Española para la Transformación Tecnológica (SETT), un véhicule d’investissement de l’État espagnol, a formalisé un investissement de 752 millions d’euros dans Diamond Foundry, une entreprise américaine qui cultive des diamants de synthèse pour l’industrie des semi-conducteurs. L’argent doit financer un site de production d’ingots monocristallins à Trujillo, en Estrémadure, et une usine de découpe et de polissage de plaquettes à Saragosse. À terme, le programme complet pèse 2,35 milliards d’euros, et promet jusqu’à 500 emplois directs à Trujillo et 300 à Saragosse.

C’est, à ce jour, le pari public le plus massif sur le diamant industriel lié aux puces. C’est aussi, pour un épargnant, un angle mort complet : Diamond Foundry est une entreprise privée, et aucune action n’existe pour suivre ce pari, quelle que soit l’ampleur du financement public qui l’accompagne. Les communiqués publics aiment citer des totaux étalés sur plusieurs années ; le chiffre qui compte pour un portefeuille reste plus simple, une action cotée existe-t-elle, oui ou non.

Le piège le plus probable : des valeurs chinoises qui s’envolent sur un espoir

En Chine, une poignée de petites valeurs liées au diamant industriel, parmi lesquelles Liliang Diamond, SF Diamond et Huanghe Whirlwind, ont flambé sur les marchés actions au premier semestre 2026. Selon une analyse de CGTN, l’indice sectoriel du diamant de synthèse a progressé d’environ 71 % en cinq mois, et huit valeurs ont ajouté ensemble près de 7 milliards de dollars de capitalisation boursière. Quatre d’entre elles, Liliang Diamond comprise, ont plus que doublé.

Plusieurs écrans affichant des graphiques boursiers sur un bureau
Une hausse de Bourse peut précéder un contrat industriel confirmé, ou simplement l’anticiper.

Le même reportage note que ces sociétés, interrogées directement, ont tempéré elles-mêmes l’enthousiasme. Liliang Diamond a reconnu que ses matériaux thermiques n’avaient « pas encore atteint le stade de la commercialisation à grande échelle » et n’avaient aucun impact matériel sur son chiffre d’affaires. SF Diamond n’a identifié qu’un seul client étranger, le frein étant, selon ses propres mots, un simple manque de commandes. Une autre société du secteur, Huifeng Diamond, a précisé que ses produits thermiques représentaient 0,15 % de son chiffre d’affaires total. Une hausse de Bourse qui précède un contrat industriel confirmé, plutôt qu’elle ne le constate, est le profil même d’un pari spéculatif. Ces titres sont en outre cotés sur des marchés chinois peu liquides, difficilement accessibles depuis un PEA ou une assurance-vie standard pour un épargnant français.

Ce qui reste accessible, dilué dans des activités bien plus larges

Deux sociétés cotées existent bel et bien sur ce segment, mais aucune n’y est exposée de façon pure. Coherent Corp, cotée au Nasdaq, a lancé en janvier 2026 une gamme de solutions diamant destinées au refroidissement des puces, au sein de son activité matériaux pour semi-conducteurs. Sumitomo Electric, cotée à Tokyo, développe elle aussi des matériaux diamant pour l’électronique. Dans les deux cas, cette activité reste une fraction d’un chiffre d’affaires par ailleurs très diversifié, lasers, câbles, composants optiques, et n’est pas isolée dans leurs comptes.

Concrètement, l’action de ces deux groupes ne bougera pas significativement sur une seule nouvelle liée au diamant, dans un sens ou dans l’autre. C’est le même écueil que repérer un bon signal technologique dans un bilan trop large pour le laisser transparaître : l’exposition existe, mais elle est si diluée qu’elle devient presque invisible dans le cours.

La grille à retenir face à un thème d’investissement naissant

Le diamant pour puces IA n’est pas un cas isolé. Chaque fois qu’un thème technologique s’emballe en quelques mois sur la base d’une poignée de nouvelles spectaculaires, trois questions permettent de trier le réel du bruit, les mêmes qui valent pour comprendre où un placement met vraiment son argent au-delà du récit affiché.

  • L’acteur le plus avancé est-il seulement cotable ? Souvent non, au stade où l’argent public arrive en premier, comme pour Diamond Foundry.
  • Le mouvement de Bourse déjà observé reflète-t-il un contrat industriel confirmé ou un espoir ? Souvent un espoir, comme le montrent les propres aveux des sociétés chinoises citées plus haut.
  • L’exposition qui reste accessible dilue-t-elle le thème dans d’autres activités, au point de le rendre invisible dans le cours ? Souvent oui, comme pour Coherent Corp et Sumitomo Electric.

Appliquée ici, cette grille donne une réponse honnête mais peu spectaculaire : l’histoire industrielle du diamant pour puces IA est réelle et mesurée, mais presque personne ne peut aujourd’hui y être exposé de façon pure et cotée. Ce qui s’en approche est soit une société privée hors de portée, soit un pari spéculatif sur un marché peu accessible, soit une exposition si diluée qu’elle ne change rien à un portefeuille.


Crédits photo : Pixabay.

Contenu éducatif et informatif. Ce n’est pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital.

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